AVANT-PROPOS – Nouveau Droit de la Presse

AVANT-PROPOS – Nouveau Droit de la Presse

16 septembre 2020 0 Par Me Gaston Vogel

L’ouvrage est dédié à Monsieur Guy KAISER, l’un des journalistes les plus talentueux, loyaux et probes du pays.  

En une dizaine d’années, la presse a pris un visage nouveau, des fois peu rassurant.

Une nouvelle dimension s’est ajoutée au fil du temps à celle qui faisait jusqu’à ce jour la presse, à savoir les journaux écrits et parlés : quotidiens – hebdomadaires – revues – télévision. – Cette nouvelle donne est celle des réseaux sociaux.

Ces réseaux sont aux mains de quelques milliardaires.

On les connait sous l’appellation « Patrons des GAFA » et déjà des scandales impossibles, telle que l’affaire « Cambridge Analytica », sont venus ternir leur image.

Les « users » des réseaux sociaux y ont trouvé un exutoire pour toutes sortes  d’inepties, d’antipathies, de haines, si bien que très régulièrement les tribunaux correctionnels sont saisis à l’encontre de certains d’entre eux de plaintes pour injures et diffamation.  

On y lit régulièrement des fake-news et des réflexions qui sortent du débat ordinaire pour donner libre cours à toutes sortes de conneries.

« Mais si une différence devait marquer le virtuel du réel, c’est bien l’exacerbation et même la catalyse de la haine et de la menace. Derrière des pseudos, des fausses photos de profil et parfois même plusieurs comptes, il est tellement plus facile de laisser les bas instincts s’exprimer. »

Ces internautes doivent savoir que la liberté d’expression n’est pas absolue ; qu’elle cesse là où elle se heurte à l’honneur et au respect de l’autre.

En conséquence, ils doivent comme tout autre média, se soumettre aux règles impératives qui font le droit de la presse.

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La Cour Européenne des Droits de l’Homme joue dans le domaine de la presse un rôle de plus en plus important.

C’est dans la jurisprudence de cette Haute juridiction qu’on trouve l’outil le plus fiable, le plus élaboré mis en œuvre pour réguler la presse toujours dans le périlleux exercice d’équilibre entre liberté d’expression et abus de cette même liberté.

On pense notamment à l’affaire dite des « caricatures de Mahomet », à la question de la protection des sources à travers l’arrêt « Ressiot » du 28 juin 2012 rendu par la Cour Européenne des Droits de l’Homme ou encore à la question de la notion de « droit à la vie privée » chez les personnes dites « publiques ».

Par ailleurs, au travers de plusieurs arrêts, la Cour Européenne des Droits de l’Homme met plus que jamais l’accent sur la difficile conciliation entre la liberté de la presse et celle de la présomption d’innocence ; en matière de presse, tout étant encore souvent question de pondération entre les intérêts en présence.

Le présent ouvrage tente de définir le juste équilibre mesuré entre le droit légitime du citoyen à l’information et le droit tout autant, sinon plus, légitime au respect de sa dignité et, plus particulièrement, de sa vie privée.

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Et pour finir, ces réflexions de Guillaume PLAISANCE qui donnent la chair de poule :

« Internet a l’immense défaut de réduire à néant les derniers espaces de sécurité personnelle. Le cyberharcèlement (scolaire ou non) est omniprésent, tant l’incapacité à débattre derrière un écran est forte, et tant le culte de l’image et la jalousie atteignent leur paroxysme. Etant en possession d’une masse impressionnante de données personnelles, chaque faille de sécurité peut être un danger potentiel pour tous les citoyens. La protection de la vie privée, au sens politique, est une priorité. A l’échelle individuelle, elle est sous-estimée, en démontre le comportement des internautes sur les réseaux sociaux. Au sens philosophique, la vie privée est en ruines. Internet a sonné le glas de l’ennui, de la contemplation, et donc de la possibilité laissée à chacun de tendre vers l’introspection. Il est grand temps de tenter de reconstruire une petite forteresse autour des individus. Le droit à la déconnexion comme à l’oubli cherche à y contribuer. Sans être suffisant.

Le pire d’Internet demeure malgré tout la distance prise par rapport à l’action. Incomparables, le fait d’être derrière son écran ou son clavier (même si sa photo et son nom sont accolés aux propos tenus) et le fait d’être en public, en face à face. L’auteur (ou l’acteur) prend de la hauteur par rapport à ce qu’il produit. Cette hauteur n’est pas intellectuelle, favorisant alors la conscience. Elle n’a rien de la réflexivité. Au contraire, l’action distante perd en réflexion. Elle favorise l’expression de la haine : après tout, l’ « ennemi » n’est plus physique, mais juste un compte sur les réseaux sociaux. C’est le triste retour de l’interruption du jugement définie par Arendt, et que Terestchenko a analysé sous la forme de la banalité du mal. Le titre de son essai, Un si fragile vernis d’humanité, vaut résumé. »

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Gaston VOGEL

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