Réflexions – Adages – Maximes – Apophtegmes

Réflexions – Adages – Maximes – Apophtegmes

8 octobre 2015 Non Par Me Gaston Vogel

Réflexions, adages, maximes, apophtegmes glanés au fil de mes lectures.

On a opté pour le désordre. Les réflexions, adages, et maximes se greffent sur une réalité foisonnante de contraires souvent chaotique. Cette rubrique est un feu d’artifice où les idées jaillissent comme le font les étincelles de toutes parts et en toutes directions. Ce qui fait au demeurant le charme irrésistible de F. Nietzsche

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Esse homo pro se

1)     L’APHORISME

Der Aphorismus, die Sentenz, in denen ich als der Erste unter Deutschen Meister bin (il oublie curieusement G. Ch. Lichtenberg) sind die Formen der Ewigkeit ; mein Ehrgeiz ist, in zehn Sätzen zu sagen, was jeder andere in einem Buche sagt – Was jeder andere in einem Buche nicht sagt.

Nietzsche

 

Georg Christoph Lichtenberg (1742-1799)

Ignorer Lichtenberg en France, ce n’est pas une lacune moindre que celle qui eût existé en Allemagne si l’on y avait ignoré CHAMFORT.

 

L’épigramme, l’aphorisme, la maxime, sont des haïkus de la pensée… L’aphorisme approche de la condition de la poésie. Son économie formelle vise à secouer dans un éclair d’autorité.

Steiner

2)     LICHTENBERG

CHARAKTER

In jedes Menschen Charakter sitzt etwas, das sich nicht brechen lässt – das Knochengebäude des Charakters, und dieses ändern zu wollen, heißt immer, ein Schaf das apportieren lehren.

CRIMINEL

Wenn du die Geschichte eines grossen Verbrechers liesest, so danke immer, ehe du ihn verdammst, dem gütigen Himmel, der dich mit deinem ehrlichen Gesicht nicht an den Anfang einer solchen Reihe von Umständen gestellt hat.

EXKREMENTE

Dieser Mann arbeitete  an einem System der Naturgeschichte, worin er die Tiere nach der Form der Exkremente geordnet hatte. Er hatte drei Klassen gemacht: die zylindrischen, sphärischen und kuchenförmigen.

GOTT

Man könnte GOTT auch den unbekannten OBEREN nennen, dessen Jesuiten die Theologen sind.

GOTT
GOTT SCHUF den Menschen nach seinem BILDE, sagt die BIBEL, die Philosophen machen es gerade umgekehrt, Sie schaffen GOTT nach dem Ihrigen.

KEINE ZEIT
Die Leute die niemals Zeit haben, tun am wenigsten.

KIRCHTÜRME

Umgekehrte Trichter, das Gebet in den HIMMEL zu leiten.

KONVENTIONSKOPF

Solche gestempelte Konventions-Köpfe.

MENSCHLICHE HAUT

Die menschliche Haut ist ein Boden, worauf Haare wachsen; mich wunderts dass man noch kein Mittel ausfindig gemacht hat, ihn mit wolle zu besäen, um die Leute zu scheren.

Pascal, l’homme qui, à douze ans retrouvera pour lui les propositions d’Euclide, et qui, à seize, rédigea un traité sur les coniques, ce qui ne dut point avoir d’égal depuis Archimède, croyait fermement à trente ans que la fille de sa sœur, avait été guérie d’une fistule lacrymale, grâce à une relique de la Sainte Couronne.

PABST

Die Katholiken haben sich wieder einen Apis gewählt.

RELIGION

Ich kann mir eine Zeit denken, welcher unsere religiösen Begriffe so sonderbar vorkommen werden als der unsrigen der Rittergeist.

SPERMATISCHE GRÜNDE

Das sind spermatische Gründe zu handeln… Klein aber wichtig zu vielem.

STUMPF
Er schliff immer an sich und wurde am Ende stumpf, ehe er scharf war.

VATERLAND

Ich möchte was darum geben, genau zu wissen, für wen eigentlich die Taten getan worden sind, von denen man öffentlich sagt, sie wären für das Vaterland getan worden.

UNWAHRHEITEN
Die gefärlichsten Unwahrheiten sind Wahrheiten, mässig entstellt.

ZWEIFELN

Zweifle an allem wenigstens einmal und wäre es auch der SATZ: 2×2 =4

3)     VOLEUR DE FEU / TIEFENDIMENSION DES INNEREN

VOLEUR DE FEU

Lorsqu’il touche les cimes ou lorsqu’il atteint les tréfonds dans la condition humaine, il peut arriver qu’un écrivain soit foudroyé par la grâce ou par une mauvaise fièvre. Dans les deux cas, il est transcendé par une forme d’émotion, de révélation, de prise de conscience qui balaye tout sur son chemin. Il devient alors voleur de feu ou voleur de cendres suivant qu’il accepte la lumière ou l’obscurité. Alors son âme vibre et fait vibrer les mots. Les textes jaillissent, fulgurants, incandescents… et les phrases claquent comme des gifles, comme des vagues scélérates qui ne vous laisseraient pas le temps de reprendre votre souffle.

Jean-Pierre Guéno

TIEFENDIMENSION DES INNEREN 

Dort spricht er von dem Versinken in die innere Welt : « ou il y avait tant d’obscurité, rien qu’une prière vers l’avenir et, tout au fond, une enfance qui s’ouvrait comme l’enfer de Dante vers des cercles toujours plus inconnus et plus gémissants.

In der Kindheit fliesst Bewusstes und Unbewusstes ineinander.

So ausgedehnt das « Aussen » ist, es verträgt mit allen seinen siderischen Distanzen kaum einen Vergleich mit den Dimensionen, mit der Tiefendimension unseres Inneren, das nicht einmal die Geräumigkeit des Weltalls nötig hat, um in sich fast unabsehlich zu sein. Mir stellt es sich immer mehr so dar, als ob unser gebräuchliches Bewussteein die Spitze einer Pyramide bewohne, deren Basis in uns (und gewissermassen unter uns) so völlig in die Breite geht, dass wir, je weiter wir in sie niederzulassen uns befähigt sehen, desto allgemeiner einbezogen erscheinen in die von Zeit und Raum unabhängigen Gegebenheiten des irdischen, des, im weitesten Begriffe weltischen Daseins. Ich habe seit meiner frühesten Jugend die Vermutung empfunden (und hab ihr auch, wo ich dafür ausreichte, nachgelebt), dass in einem tieferen Durchschnitt dieser Bewust-seinspyramide uns das einfache–Sein könnte zum Ereignis werden, jenes unverbrüchliche Vorhanden-Sein und Zugleich-Sein alles dessen, was der oberen « normalen » Spitze des Selbstbewusstseins nur als « Ablauf » zu erleben verstattet ist.

R.M. Rilke (11.VII.1924)

4)     DOSTOIEVSKI

 CIMETIÈRES

Je veux voyager en Europe, Aliocha ; je veux sortir d’ici. Et pourtant je sais que je ne trouverai qu’un cimetière, mais c’est un très précieux cimetière, voilà ce que c’est ! Précieux sont les morts qui y sont couchés ; chaque pierre qui les recouvre parle d’un passé si ardent, d’une fois si passionnée dans leur œuvre, leur vérité, leur lutte et leur science que je sais que je tomberai à terre pour baiser ces pierres et pleurer sur elles. Et pourtant je suis bien persuadé dans mon cœur que depuis longtemps, il n’est plus rien qu’un cimetière.

Ivan à Aliocha – Dostoïevski

 

CONFLIT
La dynamique vivante du conflit va forcer les acteurs chez Dostoïevski à se mouvoir dans des orbites de plus en plus étroites jusqu’à ce qu’ils se confondent dans une explosion finale.

Steiner

 

 LE TEMPS

Dostoïevski tord et contracte le temps. Il le vide de ces intervalles de loisir qui peuvent modérer ou réconcilier.  Délibérément, il bourre d’action autant les nuits que les jours, de peur que le sommeil n’étouffe les rages ou ne dissipe les haines.

Steiner

*

Il n’utilise pour ainsi dire jamais dans ses œuvres le temps historique et biographique relativement continu, c’est-à-dire le temps strictement épique ; il saute par-dessus et ramasse l’action aux pointas de crises, de cassures, de catastrophes, lorsque l’INSTANT, par sa signification intérieure, équivaut à un « billion d’années » autrement dit perd ses limites temporelles.

Mikhaïl Bakhtine

NADRYV

Expression largement employée par Dostoïevski pour désigner un état de souffrance, inventée, proche de l’hystérie et comportant une jouissance malsaine

Nina Gourfinkel

 

5)     PROUST

EXPRESSIONS PRÉCIEUSES DANS L’ŒUVRE DE PROUST

  • Une tendresse de seconde main
  • Les rues obscures du sommeil
  • Le ciseau d’un baiser, d’un sanglot ou d’un sourire
  • Son visage pleurait sans larmes
  • Faire à quelqu’un une visite de digestion
  • La pleine mer du sommeil profond
  • Le grondement de mes nerfs
  • Chercher la petite bête et s’égarer dans des pointes d’aiguilles
  • Le vestiaire de la mémoire
  • La cendre des saisons
  • Le triste vide de la plage parcouru par le vent inquiet du soir
  • Fin de repas : moment sordide où les couteaux traînent sur la nappe à côté des serviettes défaites
  • Un remerciement d’une ardeur réfrigérante
  • Etre sublime de bourgeoisie
  • Presser la plénitude du silence
  • Être invité en cure-dents
  • Algèbre de la sensibilité
  • Déborder d’une intelligence inutile
  • Le sentiment de l’existence comme il peut frémir au fond d’un animal
  • Un bonjour dédaigneusement amical

Voir l’Essence de l’œuvre de Marcel Proust aux pages 220 et sous.

ART

Le genre artistique agit à la façon de ces températures extrêmement élevées qui ont le pouvoir de dissocier des combinaisons d’atomes et de grouper ceux-ci suivant un ordre absolument contraire, répondant à un autre type.

Proust

LES FÉTICHES

Les fétiches sont ces éclairs de perception immédiate et fortuite, issus presque d’un animisme intellectualisé. (S. Beckett)

Beckett dans son essai  sur Proust en compte onze dans la recherche du temps perdu.

Dans ces onze fétiches, Proust procède à une fabuleuse capture du temps. Nous le voyons obtenir, isoler, immobiliser, – la durée d’un éclair, ce que d’ordinaire l’homme n’appréhende jamais – un peu de temps à l’état pur. Exemples : le goût de la madeleine – l’odeur de moisi des lavabos – le bruit d’une cuillère contre une assiette – un buisson d’aubépines près de Balbec.

PERTE DES QUALITÉS

Les personnes au fur et à mesure qu’on les connaît, sont comme un métal plongé dans un mélange altérant, et on les voit peu à peu perdre leurs qualités.

Proust

 

INTELLIGENCE

Les trois quarts du mal des gens intelligents viennent de leur intelligence. Il leur faut au moins un médecin qui connaisse ce mal là. Comment voulez-vous que Cottard puisse vous soigner ? Il a prévu la difficulté de digérer les sauces, l’embarras gastrique, mais il n’a pas prévu la lecture de Shakespeare.

Proust – À l’ombre de jeunes filles – Bergotte qui s’adresse au narrateur

  

LE REGARD DE PROUST

Marcel Proust jetait sur la vie un regard pareil à celui qu’on prête à la mouche, un regard à mille facettes. Il voyait polygonalement. Il voyait les vingt côtés d’une question ou d’un sujet et en ajoutait un vingt et unième qui était un prodige d’invention et d’ingéniosité.

Fernand Gregh – Mon amitié avec Marcel Proust

*

Si je n’avais pas eu profondément en moi le sentiment que les visages humains quand ils nous paraissent immobiles accomplissent une révolution aussi insensible mais aussi certaine que celles des planètes, si je n’avais pas suivi la ligne du nez de telle jeune fille avec délices mais comme j’aurais fait de ces vaguelettes d’une eau matinale qui ride le flot d’un trait moyen et mobile quoique dessinable…

Marcel Proust – À l’ombre des jeunes filles en fleurs

*

Le kaléidoscope de l’obscurité.

Marcel Proust

*

Le chagrin n’est pas fait pour être remué – il faut beaucoup d’immobilité pour qu’il retombe et permette de retrouver un peu de sereine limpidité.

Marcel Proust

6)     VOLTAIRE

Quand les juges condamnèrent LANGLADE, CALAS, SIRVEN, LEBRUN et tant d’autres reconnus depuis pour innocents, ils étaient certains ou ils devaient l’être, que tous ces infortunés étaient coupables et cependant ils se trompaient.

Voltaire

L’affaire chevalier de la barre et l’affaire Montbailly : « Ces catastrophes… font gémir sur la nature humaine »

Lettre signée de son initiale « V », dictée à son secrétaire Jean-Louis Wagnière, [adressée au comte de Rochefort]. [Ferney], 9 novembre 1771.

Extraordinaire lettre sur son engagement contre la torture et les erreurs judiciaires.

La Méprise d’Arras :

Le malheureux qui a été condamné à la roue était assurément très innocent. Sa femme condamnée à être brûlée était plus innocente encore ; mais l’avocat n’en est qu’un plus grand sot d’avoir affaibli une si bonne cause par des faussetés, et d’avoir détruit des raisons convaincantes par des raisons  pitoiables. J’ignore seulement que la malheureuse veuve de Monbailly n’a point été exécutée.

Il est arrivé à cette infortunée la même chose qu’aux prétendus complices du chevalier de la Barre. Le suplice de ce jeune officier qui serait certainement devenu un homme d’un très grand mérite, arracha tant de larmes, et excita tant d’horreur que les misérables juges d’Abbeville n’osèrent jamais achever le procez criminel de ces pauvres jeunes gens qui devaient être sacrifiés au fanatisme.

Ces catastrophes qui arrivent de tems en tems, jointes aux malheurs publics font gémir sur la nature humaine.

L’affaire du chevalier de La Barre :

Le 1er juillet 1766, le jeune Jean-François Le Fèvre de La Barre avait été torturé et exécuté à Abbeville pour avoir chanté des chansons et pour n’avoir pas ôté son chapeau au passage d’une procession qui avait été organisée par l’évêque à la suite de la profanation d’un crucifix. Le Dictionnaire philosophique de Voltaire, trouvé chez le chevalier, fut brûlé sur le corps du supplicié.

Voltaire avait publié en 1768, à la date de juillet 1766, une relation de la mort du chevalier de La Barre, et, donnerait encore en 1775, sur le même sujet, Le Cri du sang innocent : ce livre viserait à faire obtenir justice (et non grâce) à un autre jeune homme, Gaillard d’Étallonde de Morival, condamné en 1766 en même temps que le chevalier de La Barre et pour les mêmes raisons, mais qui était parvenu à se réfugier en Prusse. Étallonde n’obtiendrait ses lettres d’abolition qu’en 1788.

Le chevalier de La Barre était âgé seulement de 19 ans lors de sa condamnation le 4 juin 1766.  « Convaincu d’avoir chanté des chansons impies, et même d’avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d’Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent non seulement qu’on lui arrachât la langue, qu’on lui coupât la main, et qu’on brulât son corps à petit feu, mais il l’appliquèrent encore à la torture pour savoir précisément combien de chansons il a chantées et combien de processions il avait vu passer, le chapeau sur la tête ».

7)     NIETZSCHE

VÉRITÉ
La vérité est cette sorte d’erreur sans laquelle une certaine espèce d’être vivant ne pourrait pas vivre.

Nietzsche

SE MÉPRENDRE
Il est préférable de se méprendre avec sensibilité que de comprendre avec sécheresse et compétence.

G.A. Goldschmidt sur Nietzsche

 

LACHEN
Es ist Eis in ihrem Lachen.

Nietzsche

SYSTEMATIKER

Ich  misstraue allen Systematikern und gehe ihnen aus dem Weg. Der Wille zum System ist ein Mangel an Rechtschaffenheit.

Nietzsche

   

ECCE HOMO

Es wird sich einmal an meinen Namen die Erinnerung an etwas Ungeheueres anknüpfen, an eine Krisis, wie es keine auf Erden gab, an die tiefste Gewissenskollision, an eine Entscheidung, heraufbeschworen gegen alles, was bis dahin geglaubt, gefordert, geheiligt worden war.

Dans « Ecce Homo » il prédit qu’il sera l’homme des Verhängnises (fatalité – malheur)

Le 14 avril 1887, il écrit à Overbeek :

Das gegenwärtige Europa hat noch keine Ahnung davon, um welche furchtbaren Entscheidungen mein ganzes Wesen sich dreht, und an welches Rad von Problemen ich gebunden bin – und dass mit mir eine Katastrophe sich vorbereitet, deren Namen ich weiss, aber nicht aussprechen werde.

Nietzsche

NIETZSCHE ET SON ANTI-GERMANISME

Dans Ecce Homo, il s’en donne à cœur joie: « So wie ich bin, in meinen tiefsten Instinkten allem, was deutsch ist fremd, so dass schon die Nähe eines Deutschen meine Verdauung verzögert. »

*

So weit Deutschland reicht, verdirbt es die Kultur.

*

Das tiefe, eisige Misstrauen, das der Deutsche erregt, sobald er zur Macht kommt, auch jetzt wieder – ist immer noch ein Nachschlag jenes unauslöslichen Entsetzens mit dem jahrhundertelang Europa dem Wüten der blonden germanischen  Bestie zugesehen hat.

*

Das Leben im jetzigen Deutschland ist mir gänzlich unzuträglich, es wirkt vergiftend und lähmend auf mich, und meine Menschenverachtung wächst jedes Mal dort in gefährlichen Proportionen. Jede Reise nach Deutschland war deshalb bisher immer ein Rückfall, eine Schwächung meiner Kräfte.

*

Der Deutsche schleppt an seiner Seele; er schleppt an allem was er erlebt. Er verdaut seine Ereignisse schlecht, er wird nie damit fertig; die deutsche Tiefe ist oft nur eine schwere, zögernde Verdauung.

*

Die Deutschen sind mir nicht verwandt genug, ich drücke mich vorsichtig aus: es steht ihnen gar nicht frei, mich zu verstehen: Mein Stolz ist, dass man mich überall liebt und auszeichnet, ausser in Europas Flachland Deutschland.

Nietzsche

 

NIETZSCHE PROSEMITE

Nietzsche écrit à l’antisémite Frisch :

Es giebt gar keine  unverschämtere und stupidere Bande in Deutschland als diese Antisemiten.

*

Zu Ende des Jahres 1887 erfuhr Nietzsche eine scharfe Zurechtweisung aus dem antisemitischen Lager. Frey, Thomas, alias Theodor Fritsch, Herausgeber der Zeitschrift – Der Antisemitismus im Spiegel eines Zukunftphilosophen – schreibt über Nietzsche folgendes: „Nietzsche ist ein philosophischer Seichtfischer dem all und jedes Verständnis für nationales Wesen abgehe und der in Jenseits von Gut und Böse philosophischen Alt-Weiber-Kohl anbaue“.

*

Le même Fritsch qualifie Nietzsche de: „Angejüdelter Stubengelehrter“.

*

In der antisemitischen Korrespondenz (die nur privatim versandt wird, nur an zuverlässige Parteigenossen) kommt mein Name fast in jeder Nummer vor. Zarathustra der göttliche Mensch hat es den Antisemiten angetan; es gibt eine eigene antisemitische Auslegung davon, die mich sehr hat lachen machen. Beiläufig: ich habe „an zuständiger Stelle“ den Vorschlag gemacht, ein sorgfältiges Verzeichnis der deutschen Gelehrten, Künstler, Schriftsteller, Schauspieler, Virtuosen von ganz-oder halbjüdischer Abkunft herzustellen: das gäbe einen guten Beitrag zur Geschichte der deutschen Kultur, auch zu deren Kritik.

*

So ist ein Kampf gegen die Juden immer ein Zeichnen der schlechteren, neidischeren und feigeren Naturen gewesen: und wer jetzt daran Teil nimmt, muss ein gutes Stück pöbelhafter Gesinnung in sich tragen.

*

Le 02.04.1884, le cœur amer et plein de rage, il confie à Overbeck:

Die verfluchte Antisemiterei ist die Ursache eines radikalen Bruchs zwischen mir und meiner Schwester. (KGB III, 1.S.493)

Nietzsche

 

VICTIME D’UNE SOEUR FAUSSAIRE: „DER WILLE ZUR MACHT“

„Der Wille zur Macht“ paraît à un moment où Nietzsche est depuis longtemps absent, parti très loin, sans possibilité de retour.

C’est en définitive l’œuvre de sa sœur dont les intentions dolosives ont été parfaitement analysées et dénoncées par les célèbres chercheurs du Nietzsche-Archiv que furent Karl Schlechta et le Dr Hoppe.

*

Pour se créer du crédit et de l’autorité, elle eut recours à un stratagème ignoble. Elle fabriqua des faux. Elle sera ainsi l’une des rares faussaires de l’histoire de la littérature moderne.

*

Raffinierte Fälschungen insofern, als die Brieftexte zum grössten Teil Nietzschesche Texte sind. Aber die Briefe waren an andere Adressaten gerichtet, z.b. an Maldiva von Meysenburg. Die Schwester hatte sich in den Besitz der Originale gesetzt, hatte den Inhalt teils nach den Originalen teils nach den in den Arbeitsheften enthaltenen Entwürfen zurechtgeschnitten und hatte dann die Originale vernichtet. Bleiben freilich die Entwürfe. Hier hat sie durch Rasuren und wohlverteilte Tintenkleckse, manchmal auch durch kleine Kokeleien die prekären Stellen eliminiert. Dass hier nicht ganz sauber gearbeitet wurde, gab uns die Möglichkeit, die gesamten Manipulationen aufzudecken.

*

L’année de la découverte des faux, 1937, fut l’année terrible des pogroms nazis.

Nietzsche

 

DIE SCHLÄFRIGEN
Selig sind die Schläfrigen: denn sie sollen bald einnicken.

Nietzsche Zarathoustra

*

Man muss aufhören, sich essen zu lassen, wenn man an besten schmeckt: das wissen die, welche lange geliebt werden wollen.

Nietzsche

 *

Viel zu viele leben und viel zu lange hängen sie an ihren Ästen. Möchte ein Sturm kommen, der all dies Faule und Wurmfressne vom Baume schüttelt.

Nietzsche

 

 JESUS

Wäre er doch in der Wüste geblieben und ferne von den Guten und Gerechten! Vielleicht hätte er leben gelernt und die Erde liebengelernt – und das Lachen dazu!

Glaubt es mir, meine Brüder! Erstarb zu früh: er selber hätte seine Lehre widerrufen, wäre er bis zu meinem Alter gekommen! Edel genug war er zum Widerrufen!

Nietzsche

8) a. CHINE

CHINE – CAUSALITÉ

La Chine antique ignore tout à fait la causalité Kantienne, impliquant un tout abstrait de façon relative… Le phénomène –cause et le phénomène -effet forment l’ensemble des phénomènes cosmiques qui constitue un tout concret…

Le tout concret dans son trait caractéristique est surtout une présence  ineffable et impensable, entrevue plus ou moins par les anciens penseurs chinois de diverses tendances philosophiques. La présence  ineffable et impensable échappe nécessairement à toute prise de la pensée conceptuelle, dont l’essence est la pensée.

Liou Kia-Hway

 

CONFUCIUS

Confucius est le premier penseur chinois écartant délibérément toute préoccupation de l’immortalité de l’âme et de l’au-delà mystérieux, ne mettant en lumière que les réalités empiriques d’ordre social et d’ordre moral.

Liou Kia-Hway

*

L’originalité de Confucius par rapport à la tradition morale chinoise qu’il prétend simplement continuer à restaurer les rites traditionnels en les assouplissant selon les circonstances.

Liou Kia-Hway

CHINE – LE DAO

Le Dao est le principe auto-régulateur de l’univers, dont les deux pôles sont le Yin et le Yang. Ce système de pensée ignore les lignes de démarcation.

8) b. JAPON

HAIKAI

Le thème de tous les arts Zen, c’est la vie sans but, la sensation de n’aller nulle part, de capter un instant d’éternité. Le Haikai, poème minuscule en 3 vers de 17 syllabes, répond à cette préoccupation.

Le saule peint

le vent

sans pinceau

Effroyable

La voix du faisan

Quand on sait qu’il mange des serpents

Au soleil, on sèche les kimonos

oh ! La petite manche

de l’enfant mort

L’os libre affichait « Contre tout ce qui est pour et pour tout ce qui est contre » Pierre Dac

LE ZEN

Le troisième œil

« Les preuves fatiguent la vérité » (Georges Braque)

L’école du Zen est centrée sur un événement capital dans la vie du Bouddha, à savoir la Suprême Illumination Parfaite (Anuttara – Samyaksambodhi), atteinte par Gautama alors qu’il était assis sous l’arbre de la Bohdi près de la cité de Gayâ.

Gautama voulait par une expérience strictement personnelle, au-delà de toutes ratiocinations, comprendre le sens profond de l’existence. Il détestait tous les systèmes philosophiques qu’il appelait avec mépris darshana, car ces systèmes  étaient pour lui autant de jeux intellectuels stériles et sans intérêt pratique. Il voulait vivre une vérité immédiatement présente – et l’éprouver dans sa validité universelle.

Selon Suzuki le Bouddha allait expliquer le contenu de son illumination comme le dharma qui devait être directement perçu (san-ditthika) au-delà des limites du temps (a-kâlika), pour faire l’objet d’une expérience personnelle (ehi-passika) entièrement persuasive (opanayika) et que les sages devaient comprendre en faisant chacun son expérience propre.

Le grand maître Daitarô Suzuki ajoute :

« Cela signifiait que le dharma devait être saisi par l’intuition et non pas obtenu analytiquement par voie de concept. La raison pour laquelle le Bouddha refusa si fréquemment de répondre à des problèmes métaphysiques était due en partie à cette conviction qu’on devait réaliser la vérité ultime en soi même, par ses propres efforts.

Une fois de plus le Bouddha confie à l’homme seul le besoin d’obtenir par ses propres voies et moyens, sans la moindre intercession de quiconque l’ouverture de l’œil intérieur.

« Aussi les moines Zen ne sont-ils que de simples catalyseurs. Ils agissent par présence. Pour le reste, dit Linssen, le processus de l’autorévélation de nous-mêmes ne peut être que rigoureusement individuel. »

Le Bouddha admet que chaque individu trouve dans sa structure mentale une faculté désignée en sanscrit par le concept Prajñâ. C’est le principe qui rend l’illumination possible en chacun de nous, c’est-à-dire, ce moment-éclair où le penseur, ce à quoi l’on pense et la pensée sont fondus dans l’acte unique de voir en l’essence même du prétendu Soi.

(Voir plus loin sub Satori)

Suzuki de préciser : « Il n’y a dans l’illumination ni processus, ni jugement, c’est quelque chose de plus fondamental, quelque chose qui crée une possibilité de jugement et sans quoi nulle forme de jugement ne peut se produire. Dans un jugement il y a un sujet et un prédicat – dans l’illumination le sujet est le prédicat et le prédicat est le sujet, ils sont fondus en un, non pas en un dont naît le jugement… toutes les opérations intellectuelles s’arrêtent là. »

Pour obtenir une vision claire du Vide, il faudra surmonter les murs de Chine tracés par l’habitude, les atavismes, les a priori, les évidences. Au-delà de ces murs personne ne va voir – c’est une terra incognita. Cette terre, on la verra que si, après de longs exercices de méditation, on aura fini par atteindre la force qui ouvrira le troisième œil – cette ouverture se fera alors subitement – dans une espèce d’éclair.

Le but du Bouddhisme Zen, ne cesse de rappeler Suzuki, est d’éveiller cette force (prajñä – intuition) par l’exercice de la méditation, sans le moindre exercice philosophique, sans avoir besoin de fonder son autorité sur aucun document écrit. Il suffit, mais il faut faire l’effort, de dépasser la relativité de notre conscience empirique qui s’attache à la multiplicité et non à l’unité des choses. L’illumination est donc un acte d’intuition né du vouloir.

Maître Gaston Vogel

9)     STEINER

Comment faut-il lire suivant George Steiner (professeur de littérature comparée à Cambridge)

  1. Ce n’est qu’en silence, un silence le plus total possible, qu’on peut lire une page de Pascal, de Baudelaire, de Proust…
  2. Il faut un certain espace privé. Dans la maison, une chambre, même petite où l’on peut être avec le livre, où l’on peut avoir ce dialogue sans que d’autres soient dans la chambre.
  3. Il faut « avoir des livres ». Les grandes bibliothèques publiques ont été le fondement de l’éducation et de la culture pour le XIXème siècle et pour beaucoup d’esprits du XXème. Mais avoir une collection de livres qui sont à vous, dont on est possesseur, qui ne sont pas empruntés est crucial. Pourquoi ? Parce qu’il faut absolument avoir un crayon à la main.
  4. Il faut prendre des notes, il faut souligner, il faut se battre contre ce texte, en écrivant en marge : Quelles bêtises ! Quelles idées !… C’est un dialogue vivant.

JUIF

Avant toute chose, être Juif dans la seconde partie du siècle, c’est être un survivant, et savoir que cette survie peut être remise en question.

Steiner

Saint Paul – Epître aux Romains (9-12)

(L’impossible binôme judéo-chrétien)

George Steiner qualifie ce document précoce comme le plus inspiré de tous les documents dans l’histoire de la haine de foi juive. C’est dans ce texte fantastiquement chargé, écrit cet éminent philosophe, opaque, schizophrène par moment, et dans l’immense volume de développements et d’interprétations qu’il a suscité, que nous trouvons les sombres fonts baptismaux de la tragédie interminable que fut la coexistence judéo-chrétienne, ou plutôt la tentation à laquelle la chrétienté était logiquement destinée, de mettre fin à cette coexistence.

 

SOCRATE

Je me suis toujours demandé pourquoi Socrate n’était pas juif.

Steiner

 *

L’Europe est peut-être fatiguée de ses deux mille ans d’histoire. Pourquoi se remettrait-elle des deux guerres mondiales, des tueries de la Première aux massacres de la Seconde ? Dans le passé des empires immensément doués ont disparu ! Et puis, il est possible que les cultures qui tuent leurs juifs ne revivent pas.

Steiner

 *

Nulle lumière finale, nulle empathie d’amour ne révèle le labyrinthe de l’intériorité d’autrui.

Steiner

 

LA CULTURE AUSTRO-HONGROISE

Selon Steiner il y aurait un grand livre à écrire. Il montrerait que le XXème siècle tel que nous l’avons vécu à l’Ouest est, à certains égards essentiels, un produit d’exportation austro-hongrois. Nous menons notre vie intérieure dans un paysage arpenté par Freud et ses disciples ou ses dissidents ou en conflit avec lui. Notre philosophie est la place centrale que nous assignons au langage dans l’étude de la pensée dérivant de Wittgenstein et de l’école viennoise du positivisme logique… Le roman se partage pour l’essentiel entre deux pôles : la narration introspective et l’expérimentation lyrique  – définis par MUSIL et BROCH. Notre musique subit deux grands courants : celui de Bruckner, Mahler et BARTOK, d’un côté et celui de SCHOENBERG, Alban BERG et ANTON WEBERN de l’autre.

SENTIMENT OCEANIQUE

Le sentiment océanique de Koestler se focalisait sur la conscience toujours plus profonde, qu’il y avait « là » des présences psychiques, des énergies ordonnatrices de type transcendant, encore inaccessibles dans leur force occulte, mais susceptible d’être approchées, ou à certains égards discernables à la lisière de notre perception et de notre conscience empirique.

Steiner sur Koestler

10)   ACHSENZEIT / BOUDDHISME

LA « ACHSENZEIT »

Entre 600 et 480 avant notre ère, l’humanité connaît un prodigieux développement intellectuel. Le philosophe allemand Karl Jaspers désigne cette ère sous le nom de « Achsenzeit ».

Dans le bassin de l’Oxus et de l’Iaxarte enseigne dans les premières années du VIème siècle Zarathustra.

C’est entre 567 et 487 qu’on situe la vie de Siddhârtha Gautama, le futur Bouddha, né aux confins des territoires conquis par les Ârya dans le teraï népalais.

Le Deutéro-Isaïe en Israël que Toynbee qualifie de premier juif indubitablement monothéiste.

Confucius voit le jour vers 551 dans l’Etat de Lu.

Pythagore naquit à Samos à l’époque de Bouddha.

Toynbee reconnaît aux cinq penseurs plusieurs traits communs :

  • L’établissement par un individu d’un contact personnel et direct avec la métaphysique. Jusque-là les relations de l’homme avec la réalité ultime  n’étaient pas individuelles, mais collectives.
  • Chacun des cinq prophètes rompit les liens de subordination culturelle qui l’attachaient à la communauté dans laquelle il était né et avait été élevé.
  • Une volonté commune de condamner, répudier et transformer la situation dans laquelle ils ont trouvé les choses. Des cinq, le Bouddha était le plus radical.
  • Chacun des cinq a essayé de conduire ses contemporains dans la vie nouvelle qu’il avait découverte.
  • Quatre des cinq recrutèrent ou au moins admirent des disciples, ce qui suscita la création d’associations nouvelles. Tous prenaient part à la politique et à la vie sociale sauf Bouddha, qui se tenait à l’écart.
  • Deux des cinq étaient particulièrement proches l’un de l’autre, Bouddha et Pythagore. Ils avaient la même foi et le même objectif.

Gaston Vogel – Le Bouddhisme, ni Dieu, ni âme

11)   MONTAIGNE

Il est renvoyé au répertoire des idées de Montaigne par EVA MARCU, Librairie Droz Genève 1965

« Les Essais de Montaigne y sont distribués pat thèmes. Il s’agit d’un gros volume qui permettra de retrouver tel passage individuel des Essais et d’autre part, d’embrasser la totalité de ce que l’auteur a écrit sur chaque question. (1429 p.)

CHARGES PUBLIQUES

Combien de politiciens pourront dire à la manière de Montaigne né en 1533 à l’exacte jointure entre le Bordelais et le Périgord : « J’ai pu me mêler des charges publiques sans me départir de moi de la largeur d’un ongle, et me donner à autrui sans m’ôter à moi.

Montaigne – Essais III. 10.

12)   LEVI-STRAUSS

L’ÂGE D’HOMME

En vérité il n’existe pas de peuples enfants ; tous sont adultes, même ceux qui n’ont pas tenu le journal de leur enfance et de leur adolescence.

Claude Lévi-Strauss

 *

On dit : « de deux choses l’une. » Et c’est toujours la troisième.

Claude Lévi-Strauss

 *

Il se trouve que Lévi-Strauss est un virtuose du dédain.

Steiner

13)   INTELLECTUEL

Ce terme est pour tout homme de droite un cauchemar, ainsi tous les fascistes et nazifiants se font un plaisir de ridiculiser l’intellectuel  dès que l’occasion s’en présente.

  

INTELLEKTUELLEN

« Die Intellektuelen müssen immer mit eiserner Faust angepackt werden

Lenin 8.412

  *

Je parle des soi-disant intellectuels…

Ils n’ont rien à offrir… Ils pénètrent tout… Ils sont une armée. Il se peut que nous ayons plus d’ennuis avec ces soi-disant intellectuels cinglés qu’avec l’URSS ou la Chine.

CHAH d’Iran

 *

Hinweg mit jenem Wort, dem bösen und seinem jüdisch grellen Schein ! Wie kann ein Mann von deutschen Wesen ein Intellektueller sein

Nazi – Propaganda

  *

Liberaten – gesindel – Gehirn Akrobaten, Formel-Menschen und NUR-Artikel – Schreiter – Katheter Theoretiker – Kritikaster

Goebbels

 *

Dekandester Hornbrillenwesen

Goebbels

 *

Der Intellekt ist eine Gefahr für die Bildung des Charakters

Goebbels

 *

Der Intellektuelle ist ein jüdischer Typ

Goebbels

 *

Todbringend konnten auch schon die bloßen Intellektuellen – Attribute sein

Wladyslaw Bartoszewski

General Sekretär des polnischen Pen-CLUBS berichtet über die Selektionmethoden, nach denen 1940 Angehörige der polnischen Intelligenz für den Abtransport nach Auschwitz ausgesucht wurden.

… Ein Polizist hat mit den Finger gewinkt: Du, Brillenträger, komm.

 

Pour plus de détails voir:

Dietz Bering – Die Intellektuelle Geschichte eines Schimpfwörtes Klett-Cotta

 

Voir de même ma réponse à Bumb

 

14)   ISLAM

L’encre des savants est plus précieuse que le sang des martyrs.

Mahomet

ROBAIYAT DE OMAR KHAYYAM

Né vers 1040 près de la ville de Nichapour

Pour les incorrigibles obsédés de l’Islam, des vers de Khayyam

  • Bois du vin, car tu dormiras longtemps sous la terre, sans ami, sans femme. Je te confie un secret : les tulipes fanées ne refleurissent pas.
  • Tout bas, l’argile disait au potier qui la pétrissait : « Considère que j’ai été comme toi… Ne me brutalise pas ! »
  • La vie passe, rapide caravane ! Arrête ta monture et cherche à être heureux. Jeune fille, pourquoi t’attristes-tu ? verse-moi du vin ! La nuit va bientôt venir…
  • J’entends dire que les amants du vin seront damnés. Il n’y a pas de vérités, mais il y a des mensonges évidents. Si les amants du vin et de l’amour vont en enfer, le Paradis doit être vide.
  • J’ai vu hier, un potier qui était assis devant son tour. Il modelait les anses et les flancs de ses urnes. Il pétrissait des crânes de sultans et des mains de mendiants.
  • Le bien et le mal se disputent l’avantage ici-bas. Le Ciel n’est pas responsable du bonheur ou du malheur que le destin nous apporte. Ne remercie pas le Ciel ou ne l’accuse pas… Il est indifférent à tes joies comme à tes peines.
  • Quand je ne serai plus, il n’y aura plus de roses, de cyprès, de lèvres rouges et de vin parfumé. Il n’y aura plus d’aube et de crépuscules, de joies et de peines. L’univers n’existera plus, puisque sa réalité dépend de notre pensée.
  • Voici la seule vérité. Nous sommes les pions de la mystérieuse partie d’échecs jouée par Dieu. Il nous déplace, nous arrête, nous pousse encore, puis nous lance un à un dans la boîte du néant.
  • Pauvre homme, tu ne sauras jamais rien. Tu n’élucideras jamais un seul des mystères qui nous entourent. Puisque les religions te promettent le Paradis, aie soin de t’en créer un sur cette terre, car l’autre n’existe peut-être pas.
  • Lampes qui s’éteignent, espoirs qui s’allument. Aurore. Lampes qui s’allument, espoirs qui s’éteignent. Nuit.

L’APPORT CIVILISATEUR DE L’ISLAM

Par les temps qui courent où on voit l’Islam présenté par d’aucuns incorrigibles et incultes comme une malédiction ou un fléau, le moment est venu de rappeler ce que fut son Âge d’or sans lequel les temps modernes ne seraient pas advenus.

Citons l’introduction au catalogue « l’Âge d’or des sciences arabes » publié par Actes Sud en 2005.

Il y a longtemps que l’Institut du monde arabe voulait consacrer une exposition aux sciences arabes en leur Âge d’or pour donner la mesure de cet étonnant phénomène de civilisation qui a intéressé les pays d’Islam entre le VIIIe et le XVe siècle.

« Ce que nous devons à cette culture scientifique qui a pris son essor à Damas, sous les derniers Omeyyades, puis à Bagdad, sous les premiers Abbassides, n’est pas seulement la connaissance exacte et raisonnée des choses, c’est aussi une grande leçon d’humanisme ou, si l’on veut, de philosophie appliquée. Ses débuts sont étonnants, avec une appropriation du savoir qui s’est opérée par la traduction massive des ouvrages érudits de l’Antiquité, la pensée d’Aristote et de Platon, les mathématiques de Diophante, d’Euclide et d’Archimède, l’astronomie de Ptolémée, la médecine d’Hippocrate et de Galien. La rigueur de la méthode, l’internationalisation de la communauté savante, l’adoption d’une langue unique comme outil de communication, le dépassement des clivages religieux au profit de la recherche, le goût de la science pure, tout concourt à la formation de cette culture arabe « classique » qui va assurer aux pays d’Islam un éclat sans égal au Moyen-Âge.

Cette culture scientifique qui s’élabore, en avance sur l’Occident latin, trouve le moyen de s’épanouir à l’intérieur des cadres sociologiques et culturels bien définis. Sans se séparer du religieux, elle revendique avec fierté les prérogatives de la raison. Laissons la parole à Sâ’îd al-Andalusî, un historien tolédan du XIème siècle : « La catégorie des nations qui a cultivé les sciences forme l’élite et la partie essentielle des créatures d’Allâh. Ces nations, en effet, ont tendu à acquérir des vertus de cette âme raisonnable qui fait l’espèce humaine et corrige la nature. »

15)   OSSIP MANDELSTAM

ABSTRACTION

Les conceptions abstraites sentent toujours le poisson pourri à la fin d’une époque historique.

ITALIEN (l’)

Quand je me mis à étudier l’italien et que j’eus une première notion de sa phonétique et de sa prosodie, je compris soudain que le centre de gravité de l’articulation s’y déplaçait vers les lèvres, vers l’avant de la bouche. La pointe de la langue se trouvait d’un coup à l’honneur. Le son s’était rué sur la barrière des dents. Je fus également frappé par l’infantilité de la phonétique italienne, par sa sublime puérilité, par son affinité avec le babil des tout-petits, par on ne sait que dadaïsme immémorial :

e consolando, usava l’idioma

che prima i padri e le madri trastulla ;

favoleggiava con la sua famiglia

de’ Troiani, de Fiesole e di Roma

Paradisio, XV, 122-126

MINÉRALOGIE

La pierre est un journal impressionniste du temps, avec ses notes thésaurisés par des millions d’intempéries. Mais elle n’est pas seulement le passé, elle est aussi l’avenir, elle possède une périodicité. Elle est la lampe d’Aladin qui pénètre les ténèbres géologiques des temps à venir.

POÉSIE

C’est avec une liberté bouleversante que la poésie s’empare d’un champ vierge, hors l’espace, moins pour redire que pour recréer la nature par le jeu d’instruments communément appelés images.

*

La qualité de la poésie se définit par la rapidité et la vigueur avec lesquelles elle impose ses projets péremptoires à la nature inerte, purement quantitative du lexique. Il faut traverser à la course toute largeur d’un fleuve encombré de jonques mobiles en tous sens : ainsi se constitue le sens du discours poétique. Ce n’est pas un itinéraire qu’on peut retracer en interrogeant les bateliers : ils ne vous diront ni comment ni pourquoi vous avez sauté de jonque en jonque.

Le discours poétique est tissé comme un tapis dont les trames multiples ne se distinguent que par la couleur que leur confère l’interprétation, dans l’étagement des portées où se meuvent sans arrêt les signaux impératifs de l’instrumentation.

*

Quelle superbe faim de poésie chez ces anciens Italiens, quelle fringale animale, juvénile, d’harmonie, quelle convoitise sensuelle pour la rime : il disio !

La bouche travaille, le vers est mû par un sourire, les lèvres se colorent d’un rouge allègre et spirituel, la langue s’appuie en toute confiance au palais.

L’image interne du vers ne peut se dissocier de l’inépuisable succession des mimiques, jeu de reflets sur les traits du récitant ému.

L’art de la parole défigure notre visage, en disloque la paix, en défait le masque.

DANTE

Si toutes les salles de l’Ermitage devenaient folles, si les tableaux de toutes les écoles, de tous les maîtres s’arrachaient brusquement aux cimaises, entraient les uns dans les autres et remplissaient l’air de leur beuglement futuriste ou de leur hystérie coloriste, on aurait quelque chose de semblable à la Comédie de Dante.

Arracher Dante à la rhétorique scolaire, c’est rendre un service appréciable à toute la culture européenne. J’espère que cela ne demandera pas des siècles de travail mais qu’au prix, il est vrai exclusif, d’une coopération entre les nations, on arrivera à rédiger un authentique anticommentaire des travaux accumulés par des générations de socialistes, de philologues terre à terre et de biographes tricheurs. Pour avoir dédaigné une matière poétique qu’on ne peut appréhender que par l’interprétation, que par l’envolée d’une direction orchestrale, tout le monde a été aveugle à Dante, grand maître et ordonnateur de cette matière, le plus grand chef d’orchestre de l’art européen, et qui devança de plusieurs siècles la naissance d’un orchestre adéquat – mais à quoi ? A son intégration par la baguette…

Une composition calligraphique menée à bien par les procédés de l’improvisation, telle est à peu près la formule de l’élan créateur chez Dante : c’est à la fois un envol et un achèvement. Ses comparaisons sont des envolées claires et distinctes.

Les constructions les plus élaborées du poème sont l’œuvre d’un chalumeau, d’un appeau d’oiseleur. A tout bout de champ ce chalumeau prend les devants.

16)   L’HUMANITE

LES « HUMANITÉS » AVANT L’EXÉCUTION

Pierre Laval – 13.10.1945

À 8 h 05, vingt voitures partent du Palais, remontant le Boulevard Saint-Michel en direction de Fresnes. Le cortège est sur place peu après, mais les gardiens ne laissent passer que les avocats, les magistrats et les policiers. Les journalistes ne passeront pas le portail de briques de la prison.

La loi veut que l’accusateur public vienne réveiller celui qui va mourir. Mornet n’ose pas entrer dans la cellule. De la porte, il voit Laval couché, la tête  cachée sous ses couvertures, tournée vers le mur. Ce condamné qui se dérobe et ne veut pas se lever déconcerte Mornet, mais il lui faut prononcer la phrase rituelle « Ayez du courage… » […]

Laval râle et son torse est secoué par des convulsions. La mort par cyanure est presque foudroyante, et tout permet de penser que Laval a réussi à échapper au poteau. Mais l’Auvergnat, victime de la robustesse de sa constitution et de sa hâte ne mourra pas par le poison. […]

Enfin, on se décide à chercher un interne de l’infirmerie centrale, et des sœurs attachées à l’établissement. Ils s’emparent de cet homme qu’il faut sauver, pour qu’il soit fusillé. Laval est livide, les cheveux collés sur le front par la sueur qui coule. […]

Après dix-sept lavages d’estomac, Laval a été ramené à la vie. À 10 h du matin, le préfet de Police, Luizet, part en trombe vers Paris. […]

Laval aurait dû être fusillé à Montrouge, mais on veut lui éviter la fatigue d’un long transport. […]

Pierre Laval est arrivé devant ce poteau qui lui est promis depuis si longtemps. […]

Derrière la voiture cellulaire, un corbillard attend. […]

Une rafale. Laval tombe. L’officier s’approche pour le coup de grâce. Il n’a pas tenu parole. L’Auvergnat est complètement défiguré. Machinalement, tous les témoins ont regardé leur montre. 12 h 30. Pierre Laval a cessé de vivre.

Le Procès de Vichy – Fred Kupferman

 

La santé de LANDRU donnait des inquiétudes. Maigrissant à vue d’œil, il était en proie à une forte fièvre. Œil terne, teint terreux. Mr le docteur Robert lui a prodigué des soins empressés. Grâce auxquels Landru s’est rétabli : Je suis content, bien content, a dit le docteur Robert, je craignais pour la vie de Landru. Dieu merci, je l’ai tiré d’affaire… Il est sauvé… On va pouvoir le guillotiner.

Maréchal – Canard enchainé

HUMANISME

François Mitterand en sa qualité de Garde des Sceaux pendant la guerre d’Algérie a autorisé les exécutions des nationalistes et s’est opposé à 80% de leurs recours en grâce.

Le Monde, 15.10.2020

LE CAFE AVANT L’EXECUTION

Le chef de l’Etat soudanais a révélé dans une interview publiée par le journal égyptien Al AHRAM, qu’il avait pris le café avec le général NOUR SAAD, chef présumé du coup d’état avorté, quelques heures avant de l’envoyer devant le peloton d’exécution. Le même avait déjà pris le café avec le secrétaire général du PC et les principaux dirigeants du coup d’Etat de juillet 1971 avant de les envoyer à la potence.

Le Monde – 11.08.1976

HUMANITES

Remy, juge de Nancy, grand persécuteur de sorciers, écrivait en 1596 :

« Ma justice est si bonne que l’an dernier, il y en a eu seize qui se sont tués pour ne pas passer par mes mains. »

 

17)  BIG BROTHER

À l’aide d’algorithmes de plus en plus perfectionnés, des milliers de chercheurs, d’ingénieurs de mathématiciens, de statisticiens, d’informaticiens traquent et criblent les informations que nous générons sur nous-mêmes. Des satellites et des drones au regard perçant nous suivent depuis l’espace. Dans les aérogares, des scanners biométriques analysent notre démarche, « lisent » notre iris et nos empreintes digitales. Des caméras infrarouges mesurent notre température corporelle. Les pupilles silencieuses des caméras vidéo nous scrutent les trottoirs des villes ou dans les allées des hypermarchés. Elles nous pistent aussi au bureau, dans les rues, dans l’autobus, à la banque, dans le métro, au stade, dans les parkings, les ascenseurs, les centres commerciaux, les routes, les gares, les aéroports.

Ignacio Ramonet

Nombre de citoyens se résignent, comme une sorte de fatalité de l’époque, à la fin de leur droit à l’anonymat. Une telle indifférence à l’égard d’une de nos libertés fondamentales fait réagir le sociologue Zygmunt Bauman, qui s’écrie: « Ce qui m’effraie, ce n’est pas l’arrivée d’une société de surveillance, mais que nous la vivions déjà sans nous en soucier ». D’un autre côté, le souci de défendre notre vie privée peut paraître réactionnaire, ou « louche », parce que seuls ceux qui ont quelque chose à dissimuler cherchent à esquiver le contrôle public. Les personnes estimant n’avoir rien à se reprocher, ni rien à occulter, ne sont donc pas hostiles à la surveillance de l’Etat.

Ignacio Ramonet

Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une, ni l’autre. Et finit par perdre les deux.

Benjamin Franklin

La fin de la vie privée serait une véritable calamité existentielle.

Hannah Arendt

SACCAGE DE LA VIE PRIVÉE

À l’ère du Web, le contrôle de l’État peut atteindre des dimensions hallucinantes. Parce que, d’une manière ou d’une autre, on l’a dit, nous confions maintenant à Internet nos pensées les plus personnelles et les plus intimes, aussi bien professionnelles qu’émotionnelles. Alors, quand, à l’aide de technologies surpuissantes, l’État décide de passer au scanner notre usage du Web, non seulement il outrepasse ses fonctions, mais il profane notre intimité, désosse littéralement notre âme, et saccage le refuge de notre vie privée.

Sans le savoir, aux yeux des nouveaux « États de contrôle », nous devenons semblables au héros du film The Truman Show, exposé en direct au regard de mille caméras et à l’écoute de mille micros qui exposent notre vie privée à la curiosité planétaire des services de renseignement.

Ignacio Ramonet

 

18)  CHRISTIANISME

L’heureuse médiocrité
Ainsi l’Eglise cultive et favorise le vrai juste qui est celui dont la vie est unie ; un homme composé et réglé dans ses mœurs… un homme en qui, quoiqu’il ne fasse rien à surprendre, rien n’est dérangé, ni bizarre…
Groethuysen emploie pour qualifier cette condition la pertinente expression d’ « heureuse médiocrité ». Le penseur ajoute à ses réflexions cette considération rafraîchissante « le disciple des Jésuites, qui s’en tiendra à ce que lui ont enseigné ses maîtres, n’aura évidemment rien de la divine folie du christianisme ». … Il sera le mouton, père de famille et observateur consciencieux de devoirs sans gloire et sans éclat.
L’analyse de Groethuysen arrive ainsi à la conclusion que l’Eglise ne veut pas d’une individualité morale, mais seulement d’un être socialement déterminé.
Rien d’étonnant que la doctrine chrétienne, fondée sur le grégarisme, ait toujours considéré que parmi les grands péchés il y a celui de se singulariser.
Pour elle l’individu ne compte pas. Seul importe le mouton fondu dans le troupeau.
Là, on retrouve d’étranges analogies avec ce monstre de nature « monothéiste » que fut le commissaire pur et dur des Lenin Staline Thery.
Ainsi l’Eglise favorisait l’éclosion de ce pauvre individu ordonné et rangé, respectueux des autorités établies, agenouilleur, ne rechignant pas. Nous le rencontrons à l’œuvre autour des fours crématoires où il fait avec tranquillité d’âme ce que les chefs veulent de lui.

AMOUR – Historia calamitatum
„Sie lassen sich nicht vor Eifer, das Hiesige, zu dem wir doch Lust und Vertrauen haben sollten, schlecht und wertlos zu machen – und so liefern sie die Erde immer mehr denjenigen aus, die sich bereit finden, aus ihr, der verfehlten und verdächtigen, die doch zu Bessern nicht tauge, wenigstens einen zeitlichen, rasch ersprießlichen Vorteil zu ziehen.
Diese zunehmende Ausbeutung des Lebens, ist sie nicht eine Folge, der durch die Jahrhunderte fortgesetzten Entwertung des Hiesigen? Welcher Wahnsinn, uns nach einem Jenseits abzulenken, wo wir hier von Aufgaben und Erwartungen und Zukünften umstellt sind.
Welcher Betrug, Bilder hiesigen Entzückens zu entwenden, um sie hinter unserm Rücken an den Himmel zu verkaufen!…“.
„… Und hier in jener Liebe, die sie mit einem unerträglichen Ineinander von Verachtung, Begierlichkeit und Neugier, die sinnliche nennen, hier sind wohl die schlimmsten Wirkungen jener Heraussetzung zu suchen, die das Christentum dem Irdischen meinte bereiten zu müssen… Es ist mir… immer unbegreiflicher, wie eine Lehre, die uns dort ins Unrecht setzt, wo die ganze Kreatur ihr seligstes recht genießt, in solcher Beständigkeit sich, wenn auch nirgends bewähren, so doch weithin behaupten darf.
Was müssen wir’s umschleichen und geraten schließlich hinein, wie Einbrecher und Diebe, in unser eigenes schönes Geschlecht, in dem wir irren und uns stoßen und straucheln, um schließlich wie Ertappte wieder hinauszustürzen in das Zwielicht der Christlichkeit…
Warum hat man uns Geschlecht heimatlos gemacht, statt das Fest unserer Zuständigkeit dorthin zu verlegen…“.

Rilke – Brief an einen jungen Arbeiter

LE PROCUREUR DE JUDEE

Dans son conte Le Procureur de Judée, Anatole France imaginant une rencontre du vieux et retraité Ponce Pilate avec un ami d’enfance, près de Baies, rapporte ce rafraîchissant échange de souvenirs de leur temps de Judée, qui d’ailleurs, termine le conte.

« Les juives, au contraire, me plaisaient beaucoup. J’étais jeune alors, et les Syriennes me jetaient dans un grand trouble des sens. Leurs lèvres rouges, leurs yeux humides et brillant dans l’ombre, leurs longs regards me pénétraient jusqu’aux moelles. Fardées et peintes, sentant le nard et la myrrhe, macérées dans les aromates, leur chair est d’un goût rare et délicieux.

Pontius entendit ces louanges avec impatience.

Je n’étais pas homme à tomber dans les filets des Juives, dit-il, et puisque tu m’amènes à le dire, Lamia, je n’ai jamais approuvé ton incontinence. Si je ne t’ai pas assez marqué autrefois que je te tenais pour très coupable d’avoir séduit, à Rome, la femme d’un consulaire, c’est alors tu expiais durement ta faute. Le mariage est sacré chez les praticiens ; c’est une institution sur laquelle Rome s’appuie. Quant aux femmes esclaves ou étrangères, les relations qu’on peut nouer avec elles seraient de peu de conséquence, si le corps ne s’y habituait à une honteuse mollesse. Souffre que je te dise que tu as trop sacrifié à la Vénus des carrefours ; et ce dont je te blâme surtout, Lamia, c’est de ne t’être pas marié selon la loi et de n’avoir pas donné des enfants à la République, comme tout bon citoyen doit le faire.

Mais l’exilé de Tibère n’écoutait plus le vieux magistrat. Ayant vidé sa coupe de falerne, il souriait à quelque image invisible.

Après un moment de silence, il reprit d’une voix très basse, qui s’éleva peu à peu :

Elles dansent avec tant de langueur, les femmes de Syrie ! J’ai connu une Juive de Jérusalem qui, à la lueur d’une petite lampe fumeuse, sur un méchant tapis, dansait en élevant ses bras pour choquer ses cymbales. Les reins cambrés, la tête renversée et comme entraînée par le poids de ses lourds cheveux roux, les yeux noyés de volupté, ardente et languissante, souple, elle aurait fait pâlir d’envie Cléopâtre elle-même. J’aimais ses danses barbares, son chant un peu rauque et pourtant si doux, son odeur d’encens, le demi-sommeil dans lequel elle semblait vivre. Je la suivais partout. Je me mêlais au monde vil de soldats, de bateleurs et de publicains dont elle était entourée. Elle disparut un jour, et je ne la revis plus. Je la cherchai longtemps dans les ruelles suspectes et dans les tavernes. On avait plus de peine à se déshabituer d’elle que du vin grec. Après quelques mois que je l’avais perdue, j’appris, par hasard, qu’elle s’était jointe à un petit groupe d’hommes et de femmes qui suivaient un jeune thaumaturge galiléen. Il se nommait Jésus ; il était de Nazareth, et il fut mis en croix pour je ne sais quel crime. Pontius, se souvient-il de cet homme ?

Pontius Pilatus fronça les sourcils et porta la main à son front comme quelqu’un qui cherche dans sa mémoire. Puis, après quelques instants de silence :

– Jésus ? murmura-t-il, Jésus, de Nazareth ? Je ne me rappelle pas. »

SEXUALITE

Dans son essai « Why I am not a christian », Bertrand Russel, n’y va pas de main de morte quand il aborde le douloureux chapitre de la sexualité en christianisme.

Le pire de la religion chrétienne réside dans son attitude vis à vis du sexe, une attitude si pathologique, si peu naturelle qu’on ne saurait saisir tant qu’on ne la met pas en relation avec la décadence de l’Empire Romain… Presque chaque adulte, dans une société chrétienne, est plus ou moins neurasthénique, suite au tabou qui dans sa jeunesse avait frappé la connaissance sexuelle, et le sentiment de culpabilité qui s’en est dégagé est l’une des causes de la bêtise, de la cruauté et de la timidité.»

« The worst feature of the Christian religion, however, is its attitude toward sex – an attitude so morbid and so unnatural that it can be understood only when taken in relation to the sickness of the civilized world at the time the roman Empire was decaying. We sometimes hear the talk in the effect that Christianity improved the status of women. This is one of the grossest perversions of history that is possible to make. Women cannot enjoy a tolerable position in society where it is considered of the utmost importance that they should not infringe a very rigid moral code. Monks have always regarded Woman primarily as the temptress; they have thought of her mainly as the inspirer of impure lusts. The teaching of the church has been, and still is, that virginity is best, but that for those who find this impossible, marriage is permissible. « It is better to marry than to burn, » as St. Paul brutally puts it. By making marriage indissoluble, and by stamping out all knowledge of the ars amandi, the church did what it could to secure that the only form of sex which it permitted should involve very little pleasure and a great deal of pain. The opposition to birth control, has, in fact, the same motive : if a woman has a child a year until she dies worn out, it is not to be supposed that she will derive much pleasure from her married life ; therefore birth control must be discouraged. »

« It is not only in regard to sexual behavior but also in regard to knowledge on sex subjects that the attitude of Christians is dangerous to human welfare. Every person who has taken the trouble to study the question in an unbiased spirit knows that the artificial ignorance on sex subjects which orthodox Christians attempt to enforce upon the young is extremely dangerous to mental and physical health, and causes in those who pick up their knowledge by the way of « improper » talk, as most children do, an attitude that sex is in itself indecent and ridiculous. I do not think there can be any defense for the view that knowledge is ever undesirable. I should not put barriers in the way of the acquisition of knowledge by anybody at any age. But in the particular case of sex knowledge there are much weightier arguments in its favor than in the case of most other knowledge. A person is much less likely to act wisely when he is ignorant than when he is instructed, and it is ridiculous to give young people a sens of sin because they have a natural curiosity about an important matter. »

«…Almost every adult in a Christian community is more or less diseased nervously as a result of the taboo on sex knowledge when he or she was young. And the sens of sin which is thus artificially implanted is one of the causes of cruelty, timidity, and stupidity in later life. There is no rational ground of any sort of kind for keeping child ignorant of anything that he may wish to know, whether on sex or on any other matter. And we shall never get a sane population until this fact is recognized in early education, which is impossible so long as the churches are able to control educational politics.

Leaving these comparatively detailed objections on one side, it is clear of ethical perversion before they can be accepted.

19)  APHORISMES ET RÉFLEXIONS DIVERS

 

ABSURDE

Mon seul regret dans l’existence est de n’être pas quelqu’un d’autre.

Woody Allen

Je refuse d’appartenir à un club qui m’accepterait pour membre.

Groucho Marx

L’avenir c’est du passé en préparation.

Pierre Dac

J’aime calculer lentement, lentement mais faux. J’aime les calculs faux car ils donnent des résultats plus justes.

Jean Arp

Si vous avez un bâton, je vous en donnerai .Si vous n’en avez pas, je vous le prendrai.

Proverbe Zen

AMOUR

L’amour est de tous les sentiments le plus égoïste, et par conséquent lorsqu’il est blessé, le moins généreux.

B Constant (cité par Nietzsche dans le Fall Wagner)

 *

Sie kannten sich vom Sehen, aber nach dem ersten Kind war auch das zu Ende

Janusz Oseka 

 *

L’amour le plus intense est la négociation jamais concluante de deux solitudes.

Steiner

 
 

ARTISTE

L’artiste possède par nature, une finesse de regard qui lui permet de percevoir dans tous les paysages possibles l’ordre du désordre.

Jankelevitch

AUTOGRAPHE

L’autographe, c’est la physionomie de la pensée.

Lamartine

 

L’autographe est le sismographe de l’âme.

J.P. Guéno

BALBAL (LE PRINCIPE DU)

Coutume d’Asie Centrale qui consiste à ériger une pierre informe (balbal) pour chaque ennemi tué, et devenu ainsi le balbal de son meurtier. Croyance cynique ou folle selon laquelle les victimes de tout meurtre sont, dans l’au-delà, au service de leurs meurtriers ou de ceux au nom duquel le meurtre  a été commis. Idem pour les animaux. Si on égorge une bête, on tisse un lien étroit entre elle et celui qui l’a tuée. Résultat fort précieux pour les chasseurs.

CONS

LES SIMPLES D’ESPRIT
Heureux les simples d’esprit, mais ils ne valent pas le prix qu’ils nous coûtent.

Bluval

 *

LES CONS
Non seulement les cons sont cons mais ils sont sourds. Ce qui ne les empêche pas, bien au contraire, de s’écouter parler.

Audouard

 *

L’IDIOT
Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet.

Courteline

 *

LES CONS

Les cons n’ont pas besoin d’étudier les problèmes, puisqu’ils en connaissent la solution. Ni de rechercher les responsables. Ils les connaissent aussi. Ce sont les autres. Jamais eux. Le con se nourrit de bouc émissaire. C’est pourquoi il a si souvent mauvaise haleine.

Yvan Audouard

 *

Le con est un animal sociable (comme le hareng)

Yvan Audouard

 *

Un esprit en mal de notions doit d’abord s’approvisionner d’apparences

Ponge

 *

J’aime toujours à parler de cons – cela me fait rire

Voltaire

CONSIDERATION

La considération se mesure à l’épaisseur du portefeuille.

François Pinault

CRAINTE

Personne ne le hait, car personne ne le craint.

B. Shaw

DÉCORATION

Les décorations c’est comme les bombes, cela tombe toujours sur ceux qui ne le méritent pas.

Me Dupont –Moretti

 

DÉLATEURS

Constantin écrit en 313 : Il faut arrêter le plus grand fléau du genre humain, l’exécrable race des délateurs. Il faut l’étouffer en ses premiers efforts et arracher à l’envie sa langue pernicieuse. Que les juges ne reçoivent point  les dépositions calomnieuses des délateurs, qu’on les livre au supplice dès qu’il s’en présentera.

Lot – La fin du monde antique p.186

 

DIEU

L’idée d’un Dieu à la fois parfait et créateur n’est qu’un rêve gothique, d’une barbarie digne d’un Welche ou d’un Saxon.

Anatole France

 

DISGRÂCE

Un bon courtisan peut, quand il est de race d’avance, quinze jours flairer une disgrâce.

Alexandre Dumas

EGYPTE

Je ne peux pas du tout me rappeler le sourire du Dieu égyptien sans que me vienne à l’esprit le mot « POLLEN ».

Rilke à Lou A. Salomé, lettre du 20.02.1914

 

EMBONPOINT

Il a été créé et mis au monde pour faire voir jusqu’où peut aller la peau humaine.

Chamfort

ENFER

L’enfer s’installera quand tout sera parfait.

Jean Rostand

  *

Être condamné à rester en sa propre compagnie

Scorcese

 

ENIGME

Il y a bien plus d’énigmes dans l’ombre d’un homme qui marche au soleil que dans toutes les religions passées, présentes et futures.

Giorgio De Chirico

FAMILLE

Si ton gendre est bon, tu as gagné un fils, s’il ne l’est pas, tu as perdu même ta fille.

Khatané

Tu veux vivre en paix avec tes proches ?

Il vaut mieux que tu vives hors d’eux.

Rakhok

FIN DE REPAS

Moment sordide où les couteaux trainent sur la nappe, à côté des serviettes défaites.

Proust

N’inviter quelqu’un qu’en cure-dents.

Proust

FOLIE

Il est devenu fou à cause de l’infamie des gens raisonnables.

Djalâl-Od-Dîn Rûmî

GEWISSEN

Sein Gewissen war rein. Er benutzte es nie.

Jerzy Lec.

  

GOÛT (LE)

Quand on a le goût faux, c’est une triste qualité que d’être sincère.

Marivaux

  

HAINE

Rien ne prend jamais fin. La haine ne cessera jamais. L’homme répète chacune de ses erreurs à l’infini.
Szilàrd Borbély

 

HARRAGAS

Ce sont les désespérés que rien ne freine pour quitter des pays qui ne leur offrent plus rien.

HIERARCHIE

Dans toute hiérarchie, la crème monte jusqu’à ce qu’elle soit aigre.

Principe de Peter

HIROSHIMA

Dans ses mémoires, le Général et Président Eisenhower écrit qu’en août 1945, le Japon était déjà battu, le recours à la bombe était inutile.

Alors pourquoi ce carnage ?

Plus que la capitulation nippone, il s’agissait de montrer la suprématie américaine à l’URSS.

HOMME

HYSTERIE

L’humanité est devenue hystérique au Moyen-Âge parce qu’elle a mal refoulé les impressions sexuelles de son enfance de garçon Grec.

Karl Kraus

 *

HYSTERIQUE

Adj. Et n. est emprunté (1568, hystéricque) au bas latin hystericus, du grec husterikos «  qui concerne la matrice », « (femme) malade de l’utérus » de hustera « utérus ». Il se rattache peut-être à une racine indoeuropéenne concernant « ce qui est en arrière » (-> hystérésis), qu’on retrouverait dans l’anglais out « dehors », mais le sens fait difficulté, de même que pour le sanskrit úttara– « ce qui est au-dessus ». Par ailleurs, le rapport avec le nom du ventre (grec uderos, sanskrit udaram) n’est pas éclairci.

Hystérique s’est d’abord employé uniquement en parlant des femmes, au sens de « qui présente des troubles psychiques », parce qu’on pensait que cette maladie avait son siège dans l’utérus et qu’elle était liée à des accès d’érotisme morbide. Puis le sens s’étend aux hommes avant l’évolution de la notion, qui devient essentielle en psychiatrie et en psychanalyse, à la fin du XIXe siècle.

Dictionnaire historique de la langue Française – Le Petit Robert

 LES DROITS DE L’HOMME

Une même religion civile, les Droits de l’Homme, offre son supplément d’âme aux tartuffes des deux bords.

Régis Debray

HOMME

L’homme est à venir. L’homme est l’avenir de l’homme.

Ponge

 *

Dans une lettre au Pasteur MOULTON le 29.01.1760, Rousseau écrit à propos de Voltaire :

Je le haïrais davantage si je le méprisais moins.

 *

Sans moi, je me porterais à merveille.

Chamfort

 *

Humans are greedy, selfish and distrutful.

Hobbes

 *

Il faut qu’un ministre des affaires étrangères soit doué d’une sorte d’instinct qui, l’avertissant promptement, l’empêche, avant toute discussion, de jamais se compromettre. Il lui faut la faculté de se montrer ouvert en restant impénétrable, d’être réservé avec les formes de l’abandon, d’être habile jusque dans les choix de ses distractions.

Talleyrand

L’homme a été taillé dans un bois si tordu qu’on n’en pourra jamais tirer quelque chose de tout à fait droit.

Kant

Les personnes, au fur et à mesure qu’on les connaît, sont comme un métal plongé dans un mélange altérant, et on les voit peu à peu perdre leurs qualités.

Proust

HYPOCRYTES

Début mars 2008, le gouverneur démocrate de l’Etat de New-York, Eliot Spitzer, a dû démissionner parce que le New-York Times avait révélé ses relations avec une call-girl. Ce même homme quand il était attorney général, avait fait voter une loi pour que les clients des prostituée soient considérés comme coupables.

Douglas Kennedy – Le Monde 20.-21.04.2008

INCERTITUDE NONOBSTANT TOUTES ÉVIDENCES

L’histoire de Jankel et Sarah

Jankel et Sarah séjournaient à Paris

Le soir, après avoir offert à son épouse les plus belles pièces qu’il avait dénichées Faubourg Saint-Honoré, il eut avec elle un moment de détente au bar de l’hôtel.

Un appel d’un ami l’obligeait à s’absenter pendant une petite heure.

Il mit un peu plus de temps pour rentrer.

Rentré, il va au bar mais il ne la trouve plus.

Il téléphone à la chambre. Pas de réponse.

Il va voir le concierge qui lui confie contre bakchich qu’elle vient de monter l’escalier en charmante compagnie.

Jankel se précipite dans l’ascenseur.

Il sort au troisième étage.

Il entend les pas du couple qui venait d’enjamber le palier de l’étage en-dessous.

Il se dissimule derrière une porte de service et attend fiévreusement le passage des odieux le cœur battant.

Chambre 337.

La porte s’ouvre.

Une fois fermée, il s’en approche à pas feutrés, s’agenouille pour mieux observer le manège à travers le minuscule trou de la serrure.

L’angle est bien choisi et qu’est-ce qu’il voit ?

Je cite le texte dans son original :

« Sie hatte eine Schultercape aus Goldstoff – und als sie die Cape ablegt, hatte sie darunter eine Bluse aus rosenfarbenem Seidenflor – durchsichtig wie Glas. Und ihr Rock war bedeckt mit glitzernden Pailletten, dass einem beim Hinschauen die Augen weh taten. Dann legte sie den Rock ab und sie trug die Dessous mit Brüsseler Spitzen – lila mit Silberfäden… alles das war er ihr eben geschenkt hatte… und an den Strumpfbändern hatte Sie die Rosette aus Rubinen die ihm so gut gefallen hatten. Dann zog Sie die Dessous und die Strumpfbänder aus… »

C’est à ce moment crucial entre tous que le clapet tombe et obture le trou par lequel il avait pu voir tous ces détails scabreux.

« Merde », disait-il, « toujours cette incertitude » – « immer noch diese Ungewissheit »

Salcia Landmann – der jüdische Witz

IDEEN

Ideen haben Ähnlichkeit mit Viren:

Sie sind auf Köpfe als Wirte ausgewiesen, sie vervielfältigen sich und mutieren in Inhalt oder FORM, und sie rotten sich zusammen, um Ideologien zu bilden. Sie verbreiten sich vertikal über Generationen hinweg und auch horizontal von einer sozialen Gruppe zur anderen.

Richard Dawkins

INTERDITS

Presque tout est interdit, le peu qui ne l’est pas est obligatoire.

Peter Ustinov

JUGE

Un Juge devrait toujours supposer qu’un glaive est dirigé la pointe contre son cœur et que la géhenne s’ouvre à ses pieds.

(Sanh. 7a)

KASTRATION

Ende des 16th Jahrundert triumphierte in der Sixtinischen Kapelle die Chirurgie über die Natur. Allen Verboten zum Trotz billigte Past Clement VIII die Kastration für den Gesang zur Ehre GOTTES.
… Allein im Italien der 18th Jahrundert wurden rund 500.000 Knaben Kastriert.
Mangels Testosteron das in Hoden bebildet wird, bleibt der Kehlkopf kindlich klein.

VELLUTTI letzter KASTRAT gestorben 1861

LIBERTE D’EXPRESSION

Le principe de la liberté d’expression a quelque chose d’élémentaire. Ou on le défend dans le cas d’opinions qu’on déteste, ou on ne le défend pas du tout. Même Hitler et Staline admettent la liberté d’expression de ceux qui partageaient leur point de vue.

Noam Chomsky

MENS SANA

MENS SANA IN CORPORE SANO est une formule incomplète tirée d’une satire de JUVENAL « ORANDUM EST, UT SIT MENS SANA IN CORPORE SANO ». Formule choisie comme devise par Jahnn, le grand coach des sports au XIXème siècle.

Juvenal

MORALISATEURS

Je vomis les moralisateurs, ce sont toujours eux qui dressent bûchers, potences et guillotines.

Jeanson

MOTS

Les mots ont été maltraités. Il faut leur redonner une respiration.

Naomi Shihab Nye

 *

Les mots sont rongés par les mensonges et les faux espoirs dont ils sont responsables.

Steiner

 *

Ô mot, mot, toi qui m’abandonne.

Opéra de Schönberg – Moïse et Aaron

MUSIQUE

L’infini actuel, non-sens pour la philosophie, est la réalité, l’essence même de la musique.

Cioran

La musique moderne, fondée sur l’harmonie et le contrepoint, est une création du Moyen-Âge et du XVIème siècle.

Ferdinand Lot – La fin du monde antique

NOTORIETE

La notoriété est une moisissure, un truc qui nous colle dessus.

Catherine Dolto

PASCAL

Pascal, l’homme qui à douze ans, retrouva pour lui les propositions d’Euclide, et qui, à seize ans, rédigea un traité sur les coniques, ce qui ne dut pas avoir d’égal depuis Archimède, croyait fermement à trente ans, que la fille de sa sœur avait été guérie d’une fistule lacrymale, grâce à une relique de la Sainte Couronne.

G. F. Lichtenberg

PLAISANTERIE

La plaisanterie n’étant que comme le sel de la conversation, l’usage qu’il faut en faire est à peu près réglé sur celui que l’on fait de l’assaisonnement des viandes.

Baltasar Gracian Y Morales

POUVOIR

Le pouvoir se présente toujours comme altruiste, désintéressé, généreux.

Noam Chomsky

PRESSE

Dans le jargon américain de la presse écrite, il y a un terme : le trou des nouvelles. De quoi s’agit-il ? D’abord i0l met en page les publicités : c’est l’essentiel. Après, il remplit les trous qui restent, ici et là, avec quelques informations. C’est la structure naturelle des médias commerciaux.

Pendant des siècles, il a fallu lutter pour disposer d’une presse libre.

Est-ce que la liberté de la presse c’est seulement la liberté des entreprises privées de faire ce qu’elles veulent ? Est-ce que la liberté de la presse devrait tenir compte de ce que dit la Déclaration des Nations unies sur les droits de l’homme : le droit de recevoir une information puisée à diverses sources ?

Et la possibilité pour les gens de se réunir et de diffuser de l’information élaborée à partir de sources plurielles ?

On se demande parfois comment la liberté de la presse a pu se transformer en une tyrannie des patrons des médias. C’est le résultat d’une longue bataille commerciale. Le secteur privé a fini par l’emporter. Aux États-Unis, une expression traduit cela : on parle de « Corporate libertarianism ». Ça n’a rien de libertaire…

C’est plutôt la tyrannie des entreprises. C’est ainsi qu’il faudrait dire.

Noam Chomsky

PROVERBE ARABE

Il ne faut pas aller au soleil si on a du beurre sur la tête.

REALITÄT

Realität… Ich hasse die Realität. Sie macht keinen Spaß… Eine traurige, eine tragische Geschichte, die Realität. Aber wissen Sie was, es gibt keinen anderen Ort, an den man gehen kann. Die Realität ist alles, was wir haben.

Woody Allen

RÉFLEXION

La réflexion n’est pas là pour confirmer les évidences, mais au contraire pour les contester.

Jankelevitch

RELIGION

La religion fait peut-être aimer Dieu mais rien n’est plus fort qu’elle pour faire détester l’homme et haïr l’humanité.

Boualem Sansal – 2084 la fin du monde

My own view on religion is that of Lucretius. I regard it as a disease born of fear and as a source of untold misery to the human race. I cannot, however, deny that it has made some contributions to civilization. It helped in early days to fix the calendar, and it caused Egyptian priests to chronicle eclipses with such care that in time they became able to predict them. These two services I am prepared to acknowledge, but I do not know of any others.

Bertrand Russell, Why I am not a christian, p.24

RÊVE

Nommer un objet, c’est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème qui est faite du bonheur de deviner peu à peu, de suggérer, voilà le rêve.

Mallarmé

RIRE ET SOURIRE

  • Un sourire conditionnel et provisoire

  • Un rêve pétillant (Apollinaire)

  • Avoir le sourire en coin

  • Les remous concentriques d’un sourire de reconnaissance anticipée (Proust)

  • Un sourire tendre, obstiné et confus. (Proust)
  • Un sourire de doute

  • Un malicieux sourire

  • Son sourire doucement illuminé de chrétien

  • Le rire carnassier

  • Un atroce sourire sans dents et sans yeux

  • Les coins de sa bouche retombaient avec un sourire dédaigneux

  • Un large sourire détend ses mâchoires crispées

SALAUD

On ne naît pas salaud…mais on le devient. Une gueule est un produit social.

Sartre

SAVOIR

Savoir que l’on sait ce que l’on sait et savoir que l’on ne sait pas ce que l’on ne sait pas : voilà le vrai savoir.

Confucius

SCHMETTERLINGSEFFEKT

Kann der Flügelschlag eines Schmetterlings in Brasilien einen Tornado in Texas auslösen.

Edward Lorenz

SCHWEIGEN

Selbst sein Schweigen enthielt Sprachfehler.

L.J. Kern

SUICIDE

Le suicide incarne la liberté, il le garantit. Nous n’avons pas eu notre mot à dire à la naissance. Mais libre à nous de revendiquer l’autonomie de notre être, la « promesse de soi », en choisissant la manière et l’heure de notre mort… Quelle tyrannie plus obscène que celle qui interdit la libération au comateux, au patient incarcéré dans l’immobilité, au mort-vivant attaché à la respiration artificielle, évacuant leurs boyaux sous licence chimique.

Steiner

 *

Je tiens à ce que mes amis sachent que je leur cède compagnie dans un esprit paisible, avec le timide espoir d’une vie d’outre-tombe dépersonnalisée, par-delà les confins obligés de l’espace, du temps et de la matière et par-delà les limites de notre compréhension. Ce sentiment océanique m’a souvent soutenu dans les passes difficiles…

Arthur Koestler – Billet de suicide écrit dès juin 1982.

TACITUS-GERMANIA

Die « Germania » ist eine der berühmtesten  und berüchtigtsten Schriften der Antike. Das kleine Buch, in dem der Römer Tacitus seinen Landsleuten vor Augen halten wollte, wie dekadent sie waren, schuf den Mythos der unbeugsamen, kriegstüchtigen, blauäugigen, rassereinen und trotz alle Wildheit sittsamen Germanen. Das Buch von der Renaissance bis zum Nazismus Wurde immer Weltanschaulich missbraucht.

Christopher B. Krebs – Ein gefährliches Buch. Ein überaus brillantes Werk (Washington Post)

TÉLÉVISION

Ich habe gestern Abend, weil ich zu müde war zum Schlafen, eine halbe Stunde vor der GLOTZE gesessen und zweimal rauf und runtergezappt.
Ich weiß gar nicht mehr, wie viele Scheißereien, Morde und Autocrashs ich insgesamt erlebt habe.

Helmut Schmidt – interview reçue par Di Lorenzo le 12.07.2007

TIBET

MARIAGE

Au Tibet, le mariage est généreux – L’épouse appartient au mari et à tous ses frères.

COURTOISIE

On accueille le visiteur par : « asseyez-vous et adhérez au tapis ».

Quand il s’en va, son hôte lui dit : « allez-vous en lentement ».

SES THAUMATURGES

Nub-Chen-Nam-Kar-Ning-Ibo, moine de la secte de la Cape rouge – il pouvait se transporter à travers les airs à volonté.

Ba-mi-ye-she, comme l’Énoch biblique, fut transporté dans le Nirvâna sans avoir à passer par la mort.

Dub-Chen-Gyal-Wo-Chang médita si longtemps que son corps devint plus léger que la fumée, et qu’il demeure aujourd’hui encore perché très haut dans les arbres.

Perceval Landon – p.284

TOLERANCE

… le Paul Claudel antidreyfusard et arrogant qui répondit à Jules Renard : La tolérance, il y a des maisons pour ça !

César, grand pontife, pouvait sans impiété ni scandale, affirmer en plein Sénat, qu’il n’y avait rien après la mort.

Salluste – Catilina – Li. 20

TOTALITARISME

Le totalitarisme ne tend pas vers un régime despotique sur les hommes, mais vers un système dans lequel les hommes sont superflus. Le pouvoir total ne peut être achevé et préservé que dans un monde de réflexes conditionnés de marionnettes ne présentant pas la moindre trace de spontanéité.

Hannah Arendt

TRANQUILITE D’ÂME

Nichts kann mehr zu einer Seelen-Ruhe beitragen, als wenn man gar keine Meinung hat.

G. F. Lichtenberg

TROU NOIR

« Le trou noir » expression inventée par

John Weeler, physicien Americain

VIE

Les gens sans imagination ont besoin que les autres mènent une vie régulière.

Boris Vian

Il faut apprendre de la vie à souffrir la vie.

Chamfort

La vie est une maladie sexuellement transmissible et constamment mortelle.

Willy Rozenbaum

VIVRE

Je suis le frère en Dieu de tout ce qui vit, de la girafe au crocodile, comme de l’homme, et le concitoyen de tout ce qui habite le grand hôtel garni de l’univers.

Gustave Flaubert

20)  MAXIMES DE SADE

Misérables créatures, jetées pour un moment sur la surface de ce petit tas de boue, il est donc dit qu’il faut que la moitié du troupeau soit persécutrice de l’autre. (26.01.1782)

Ma façon de penser, dites-vous, ne peut être approuvée. Et que m’importe ? Bien fou est celui qui adopte une façon de penser pour les autres ! (11.1783)

L’idée de Dieu est, je l’avoue, le seul tort que je ne puisse pardonner à l’homme. (1797)

Ce n’est pas dans la jouissance que consiste le bonheur, c’est dans le désir, c’est à briser les freins qu’oppose à ce désir. (1785)

Ce nest point ma façon de penser qui a fait mon malheur, c’est celle des autres.

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