LAON

Vogel à Mr Pregno

À notre retour de Paris nous visitons Laon, à 25 km de Reims.

Nous découvrons la première cathédrale gothique qui a du commun avec les temples hindous.

Les bœufs et les vaches sont omniprésents sur les quatre tours avoisinant les soixante mètres de hauteur.

Marcel Proust décrivant l’édifice, écrit au sujet des animaux qui le peuplent : « les bœufs de Laon eux-mêmes ayant chrétiennement monté jusque sur la colline où s’élève la cathédrale les matériaux qui servirent à la construire, l’architecte les en a récompensés en dressant leurs statues au pied de tours dans le bruit des cloches et la stagnation du soleil, lever leurs têtes cornues au-dessus de l’arche sainte et colossale jusqu’à l’horizon des plaines de France, leur « songe-intérieur » ».

C’est un moment très émouvant de retrouver non pas une tête de terreur comme cela est coutumier pour les cathédrales (je parle des gargouilles), mais l’animal le plus paisible qui soit, un animal qui naît pour servir l’homme jusque et y compris la mort. – Raymond Prunier a commenté ce détail d’une manière particulièrement répugnante.

Qu’il soit rappelé que pour un vrai chrétien l’animal est un objet sans âme – seuls peuvent se prévaloir de cette abstraction les hommes, le couronnement indécent d’une création elle-même cynique.

Ce Prunier écrit : « le bœuf partage toute la journée, toute sa vie, dans la boue des chemins. Il est difficile de trouver un animal plus primitif, plus soumis… dans l’échelle des choses du monde il se situe immédiatement après la pierre… Il ne dit rien, il n’est rien, il n’a pas de nom, il est un bœuf et tout est dit. »

Ce sont huit paires de bœufs qui surgissent des tours de la cathédrale.

Ils ont été sculptés il y a huit cent ans.

Etait-ce pour les remercier d’avoir durant cinquante longues années aidé l’homme à amener sur le sommet de la butte les matériaux pour construire ce sanctuaire qui appartient au premier temps de l’art gothique.

À cette époque les pentes étaient abruptes, couvertes d’une végétation sauvage et sans chemins bien tracés.

Pendant plus d’un siècle Laon était une des résidences préférées des Carolingiens.

Pépin allait faire de cette ville en 741 la tête du royaume.

Il aimait ces champs où à perte de vue les blés sont blonds comme de l’or.

La mère de Charlemagne, Berthe au grand pied, était la fille de Caribert, Comte de Laon.

Tous, qui relevaient de la tribu de Charlemagne, lui-même, ses frères, ses sœurs, sont nés ici, sinon dans le bled tout proche de Samoussy.

En foulant du pied la butte de Laon on peut presque palper l’histoire.

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Carloman allait devenir en 768 roi de Laon, appelée à l’époque Montloon – Clair-Mont.

Trois ans plus tard il allait décéder à Samoussy.

De mauvaises langues prétendent que Charlemagne y était pour quelque chose.

Avait-il donné le coup de pouce pour faire basculer le frère et prendre sa place ?

Ce fut chose faite en 771.

La légende veut que ce fût sur cette butte magique que fût conçue « La chanson de Roland ».

Les assassinats politiques étaient fréquents à Laon. – Ainsi Charles le Simple allait devenir victime d’une conjuration (895 – 929).

En 986, le roi Lothaire tomba brusquement malade à Laon et il mourut dans d’affreuses douleurs.

Le fils Louis eut un sort similaire.

Les derniers Carolingiens étaient de rois maudits.

En 987 les Capétiens allaient prendre la relève.

Laon allait devenir au haut Moyen Âge une forteresse du clergé qui était omniprésent.

Nous n’avons pas pu admirer la « Sainte Face de Laon » qui est à l’image de la cathédrale et pour autant qu’on puisse en juger sur base de photos, une œuvre d’art totale (V. Hugo).

Cette icône byzantine fut envoyée en 1249 par Jacques Pantaléon de Troyes, futur pape Urbain IV à sa sœur Sibylle qui était abbesse dans le Laonnois.

Elle est exposée dans une vitrine étanche sur l’autel de la chapelle Saint-Paul.

Les fonds récoltés pour financer la construction de la cathédrale méritent quelques commentaires : En 1112 le chapitre de Laon décide d’envoyer sept des siens en tournée avec des reliques, un morceau de la chemise de la Vierge, un morceau de l’éponge de la Passion, un morceau de la vraie croix pour ramasser des capitaux.

À l’intérieur de la cathédrale (tour-lanterne) on trouve cet ordre harmonieux qui ne laisse rien au hasard.

J’ai longuement admiré l’ordre ogival.

François Cali dans son essai sur l’architecture gothique a pu démontrer que l’architecture ogivale est la seule architecture originale qui ait paru dans le monde depuis l’Antiquité.

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