VOLTAIRE

Quand les juges condamnèrent LANGLADE, CALAS, SIRVEN, LEBRUN et tant d’autres reconnus depuis pour innocents, ils étaient certains ou ils devaient l’être, que tous ces infortunés étaient coupables et cependant ils se trompaient.

Voltaire

L’affaire chevalier de la barre et l’affaire Montbailly : « Ces catastrophes… font gémir sur la nature humaine »

Lettre signée de son initiale « V », dictée à son secrétaire Jean-Louis Wagnière, [adressée au comte de Rochefort]. [Ferney], 9 novembre 1771.

Extraordinaire lettre sur son engagement contre la torture et les erreurs judiciaires.

La Méprise d’Arras :

Le malheureux qui a été condamné à la roue était assurément très innocent. Sa femme condamnée à être brûlée était plus innocente encore ; mais l’avocat n’en est qu’un plus grand sot d’avoir affaibli une si bonne cause par des faussetés, et d’avoir détruit des raisons convaincantes par des raisons  pitoiables. J’ignore seulement que la malheureuse veuve de Monbailly n’a point été exécutée.

Il est arrivé à cette infortunée la même chose qu’aux prétendus complices du chevalier de la Barre. Le suplice de ce jeune officier qui serait certainement devenu un homme d’un très grand mérite, arracha tant de larmes, et excita tant d’horreur que les misérables juges d’Abbeville n’osèrent jamais achever le procez criminel de ces pauvres jeunes gens qui devaient être sacrifiés au fanatisme.

Ces catastrophes qui arrivent de tems en tems, jointes aux malheurs publics font gémir sur la nature humaine.

L’affaire du chevalier de La Barre :

Le 1er juillet 1766, le jeune Jean-François Le Fèvre de La Barre avait été torturé et exécuté à Abbeville pour avoir chanté des chansons et pour n’avoir pas ôté son chapeau au passage d’une procession qui avait été organisée par l’évêque à la suite de la profanation d’un crucifix. Le Dictionnaire philosophique de Voltaire, trouvé chez le chevalier, fut brûlé sur le corps du supplicié.

Voltaire avait publié en 1768, à la date de juillet 1766, une relation de la mort du chevalier de La Barre, et, donnerait encore en 1775, sur le même sujet, Le Cri du sang innocent : ce livre viserait à faire obtenir justice (et non grâce) à un autre jeune homme, Gaillard d’Étallonde de Morival, condamné en 1766 en même temps que le chevalier de La Barre et pour les mêmes raisons, mais qui était parvenu à se réfugier en Prusse. Étallonde n’obtiendrait ses lettres d’abolition qu’en 1788.

Le chevalier de La Barre était âgé seulement de 19 ans lors de sa condamnation le 4 juin 1766.  « Convaincu d’avoir chanté des chansons impies, et même d’avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d’Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent non seulement qu’on lui arrachât la langue, qu’on lui coupât la main, et qu’on brulât son corps à petit feu, mais il l’appliquèrent encore à la torture pour savoir précisément combien de chansons il a chantées et combien de processions il avait vu passer, le chapeau sur la tête ».

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